Parce que toutes les bonnes choses ont une fin...

Publié le par JB et Céline

Dernière journée de congés qui commence. Il est 8h. Ces deux semaines m'ont fait un bien fou. J'ai retrouvé ma sérénité, ma joie de vivre, que j'avais un peu perdues, à cause de la fatigue due au travail. Ces quelques jours m'ont permis de réfléchir. Je me suis demandée pourquoi, malgré tout, je persiste à avoir du mal à envisager de quitter le métier que j'ai choisi. Est-ce par peur de m'avouer que j'ai échoué dans ma vie? Est-ce par flemmardise, parce que c'est "trop compliqué" de changer de métier? Il doit y avoir un peu de ça. Après le grand changement qui est survenu dans notre vie quand on a décidé de s'expatrier, je dois avouer que recommencer un autre chantier du même genre me séduit moyennement. Mais je pense que la raison principale, c'est que je suis et je reste traductrice jusqu'au bout des ongles. Il n'y a qu'à voir l'espèce de fierté qui m'emplit quand je dis que je suis traductrice. Une part de moi reste fière de faire ce métier. Il est avec moi depuis 15 ans, quand même, on ne peut pas s'en débarrasser!


La tour de Babel, par Pieter Brueghel, le mythe à l'origine du métier de traducteur

Je crois que j'ai toujours eu envie d'être traductrice. Du jour où j'ai commencé à apprendre d'autres langues que la mienne, j'ai toujours été fascinée par les autres civilisations, et j'ai toujours su que dans ma vie, il me faudrait au moins deux langues de travail (j'ai gardé cette habitude depuis que j'ai 15 de me parler à moi-même en anglais, la plupart du temps...). Je ne peux tout simplement pas envisager de ne pas travailler avec l'anglais. Le métier de traductrice m'est venu très simplement, et je n'en ai pas cherché d'autres. Dans les périodes de doute les plus intense, juste avant de venir vivre au Québec, j'ai souvent regretté ce choix. Je m'en suis souvent voulue de ne pas avoir cherché plus loin que ça, de ne pas m'être renseignée sur d'autres métiers... Aujourd'hui, si je regarde froidement qui je suis et ce que je veux et ne veux pas, je sais que j'ai choisi le métier qui me convenait le mieux. Je suis trop asociale pour travailler avec des clients au quotidien, répondre à leurs demandes et supporter leurs gérémiades. Je le sais, parce que j'ai travaillé deux ans dans un cinéma et je sais que le contact avec la clientèle, ce n'est pas pour moi. Je ne peux donc devenir ni bibliothécaire, ni libraire (pas de chance, il s'agissait de deux de mes portes de sorties). Et puis, je n'ai pas envie de reprendre mes études non plus, j'estime que j'ai assez donné sur ce plan-là (oui, je sais, je n'y mets pas de la bonne volonté :) )

Au vu de mon caractère asocial, la traduction écrite reste encore une des meilleures solutions : peu de contact avec l'extérieur, un travail écrit, ce qui me donne le temps de réfléchir, donc, qui n'exige pas la spontanéité que je n'ai pas et qui me permet de ne parler avec personne si je n'en ai pas envie. Franchement, que demander de mieux? Je plaisante, j'aime travailler avec des collègues. C'est ce qui me manque le plus dans mon poste actuel. Nous sommes une petite équipe et chacun travaille sur son projet, il n'y a que peu d'interactions entre nous, sauf pour des séances de brainstorming... c'est que ce j'appréciais le plus dans mon emploi précédent, la bonne humeur qui régnait dans mon équipe, le caractère soudé et le travail à plusieurs. J'aime ça, travailler à deux ou trois sur un même projet, je trouve ça tellement enrichissant! Cet aspect là des choses me manque vraiment beaucoup.


La traduction, c'est devenu instinctif maintenant. Je garde mon oeil de traductrice même dans ma vie de tous les jours. Séries TV, films, affiches publicitaires, inconsciemment, mon oeil lit et corrige les fautes de français, hurle au scandale s'il voit une faute de traduction, modifie la formulation de la phrase dans un doublage, compare le français et le québécois (ça, c'est récent), bref, je ne m'arrête jamais d'être traductrice. Ca peut sembler pesant, mais c'est ce que je suis, qui je suis. Je le sais maintenant...  et je me rend compte que je ne veux pas que ça parte.

Alors bon, tout ça, ça ne m'empêche pas de détester mon emploi actuel, les conditions de travail actuelles des traducteurs en général ni la médiocrité des salaires au vu de la difficulté de ce que nous faisons. Cela ne m'empêche pas de déplorer l'évolution du métier, de haïr les clients qui en demandent toujours plus, toujours mieux et toujours moins cher. Cela ne m'empêche pas de rentrer le soir désabusée et d'enrager pendant des heures parce que ça ne va pas comme je le veux au travail. Je sais que j'ai été très très pénible cette dernière année sur ce plan, à ne pas savoir ce que je voulais. Je me suis même entendu reprocher (pas exactement en ces termes, mais c'est ce que ça voulait dire), de parler beaucoup, de n'être jamais contente, mais en même temps de ne rien faire pour améliorer ma condition. C'est en partie vrai. Je le reconnais. Je n'avais pas envie d'améliorer ma condition, parce que toute l'énergie dont j'ai besoin pour ça était absorbée par le travail (et après le déménagement, nous avions tous les deux besoin d'une pause, dans les bouleversements :) ). Aujourd'hui, je suis un peu mieux fixée sur ce que je veux, sur la manière d'aborder les choses. Je ne sais pas encore comment ça va se faire, ni si mes projets vont rester tels qu'ils le sont, mais j'ai des idées. Reste à les concrétiser et à négocier tout ça avec les personnes concernées!!!

Alors oui, je suis une traductrice désabusée. Mais je ne suis pas une traductrice désespérée et je sais que ma place m'attend quelque part, que ce soit en agence ou chez moi, que ce soit en équipe ou à mon compte, que ce soit à temps plein ou à temps partiel (une autre de mes envies... travailler à temps partiel). Je vais continuer à la chercher, comme je le fais depuis que je suis sur le marché du travail (seigneur, ça fait plus de 5 ans maintenant!!!), en continuant mes projets pour notre vie à deux, en continuant de travailler fort pour économiser l'argent dont nous avons besoin pour concrétiser certains projets qui me tiennent à coeur et pouvoir enfin nous offrir la vie dont nous rêvons. Venir vivre au Québec a été un premier pas vers cette vie, nous continuons à avancer vers nos rêves, petit à petit, un pas à la fois!!!

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